19/10/2006

Qui suis-je?

Qui suis-je? D’où viens-je et dans quel état erre-je ?

Ou plutôt, de quelle planète suis-je?

Ou devrais-je dire qui sommes-nous ?

Oui, parce que nous sommes deux, Yasmine et moi, Yvonne.

C’est plus économique à nourrir mais la cohabitation, je ne vous raconte pas, ce n’est pas facile du tout.

Toutes les bestioles cérébrales, au départ, étaient bien nourries et elles proliférèrent, et comme ailleurs dans le monde, vint le moment de la surpopulation, les terres n'étant pas extensibles. Les plus forts tuèrent les plus faibles, mais il y eu des blessés, des estropiés, des culs de jatte, des borgnes et des manchots.

La guerre finie, tout ce petit monde dût cohabiter tant bien que mal, mais l'harmonie et l'ordre, la sérénité et la docilité, l'obéissance et la fermeté étaient à jamais rompus. Les railleries, les bousculades et l'anarchie donnèrent lieu à un équilibre instable, précaire, imprévisible. L'imagination, l'humour, les railleries, les crises et coups de gueule jaillirent du chaos, comme ça.

Heureusement que le troisième s’est barré dans un autre corps. D’ailleurs, je râle souvent parce qu’il est toujours représenté comme le frère jumeau et on oublie que j’existe.


La dernière fois que nous sommes allées voir notre médecin, il a eu le culot de me dire que je suis atypique. Je pense que s’il était archéologue, il fouillerait ma boite crânienne de fond en comble.

Il m’a fait une série de radios dans tous les angles, de tous les formats et dans des situations diverses : au repos, en pleine activité, à la mer, à la montagne, en bateau, fait ses courses, en voyage, fête son anniversaire, au pays des contes, se déguise, dans la forêt, … etc.

Mais il a été obligé d’arrêter le jour où il a reçu un courrier des auteurs de Martine qui l’ont menacé d’intenter un procès pour plagia.

Depuis, il ne s’intéresse plus qu’à ma voisine de chambrée, plus calme, plus souriante, plus douce, plus aimante. Pfff… c’est d’un banal !!!

 

Je suis peut être atypique, mais très sociable quand même. Pour preuve, y’en a beaucoup qui me réclament parce qu’ils apprécient mon humour. Bon ok, j’admets, ce n’est pas adapté à tout le monde mais j'aime bien la vie, ça occupe en attendant la mort.

De toute façon,  je ne suis pas assez hardie pour mourir, je pense que je n'y arriverai jamais. Déjà toute petite je me disais qu’il fallait être fortiche pour oser mourir. C'est donc décidé une fois pour toute : je suis éternelle. Perpétuelle. Sachez-le !

Si certains veulent me faire des offrandes, je ne suis pas contre, mais en pièces d’or ou en dollars uniquement. À la limite, je peux encore accepter un chèque.

Pour vous dire que la mort, ce n’est pas pour moi. À un âge où j’étais petite, ma mère me disait qu’il ne fallait jamais utiliser le séchoir à cheveux à proximité de l'eau, c'est très dangereux. Depuis, j’attends que mes cheveux soient secs pour l’utiliser.

L'école n'a pas voulu de moi sous prétexte que j’étais inadaptée, ça doit vouloir dire la même chose qu'atypique. Je m’enfermais dans les toilettes pendant les pauses, mais j’ai vite arrêté de mettre la tête dans le banc. Au bout d’un moment, ça fait mal et ça brûle les oreilles. On ne m'a donc presque rien appris.

Je ne me suis jamais ennuyée livrée à moi-même, par contre, il y a des choses et des gens qui m'ennuient. Les réunions me tuent, alors je me mets en hibernation cérébrale, j’adopte une respiration freinée, je débranche mon cerveau, et je me maintiens bien droite dans le fond de ma chaise.

En option : rêveries.

En extra : fantasmes.

Ce dernier étant à utiliser avec modération, sinon l'étape une est remise en cause. Pour expérimentés seulement.

Je devrais faire breveter le système, succès garanti.

Dans les réunions de travail s'opère une magie insaisissable qui répond à la question suivante qui me hante depuis la nuit des temps :

 

Comment des individus isolés moyens peuvent-ils former une bande d'imbéciles?

 

Je n’ai jamais trouvé la réponse. Si vous êtes de ceux qui savent, contactez-moi au plus vite, ça évitera que mon pharmacien me suce tout mon argent en me vendant des Aspro effervescents.

 

J’ai décidé que je vieillirai quand j'aurai arrêté de mûrir, pas avant et à mon avis, ça ne va pas me tomber dessus avant un bon moment. J'ai eu un développement précoce et j'aurai une maturation tardive.

 

Quant à l'amour, je n'ai jamais réussi à avoir le permis. Toujours recalée mais je n’ai jamais su pourquoi et le dernier trophée :

Un généreux qui se prenait pour un égoïste de me garder pour lui seul.

Option visible et odoriférante : son pote Johnny Walker.

J’ai demandé de changer l’option par un Hallyday, bien que ce ne soit pas mon truc, mais ils n’ont pas voulu.

Sachez que si l’on m’avait retrouvé morte, ça ne serait pas de mort naturelle mai dû à un préalable coma éthylique à force de respirer ce qu’il dégageait.

En plus, je n’ai jamais compris comment ce Walker pouvait me faire concurrence. Il prend toujours la même pose, les jambes écartées avec son chapeau ridicule et démodé.

 

Mes parents étaient complètement fauchés au moment de ma naissance, alors ils ont pris le modèle sans croyance. On leur a dit c’est bien comme option mais c'est un peu cher. Déjà qu’on leur avait mis à chacun une option différente, ça aurait pu faire la cata.

Et puis, si j’avais eu l’option, j’aurais peut être failli implorer les autorités pour me crucifier. Mon père trouvait ce choix peu utile, vu que ça sert uniquement dans la mort. C'est un investissement à long terme. Si on prie beaucoup, on capitalise des intérêts, si on est pauvre et chaste, on gagne le droit de voir Dieu par le trou de la serrure quand il prend son bain.
Alors, voilà ! Obligée de se servir de ses neurones, si c'est pas malheureux tout ça.

Mais Dieu n'est pas fréquentable et je tiens à ce que ça se sache. Je n’ai jamais rien compris à ce qu’il disait parce qu’il n'articulait pas et je n'ai jamais rien pigé à ses évocations. Et pour le voir, tu dois te procurer un ticket comme à la boucherie sauf que les tickets ne se distribuent pas sur place. Tu dois d’abord te procurer un passeport. Pour le passeport, il te faut une photo en état de mort latente. J’ai tenté de tricher en m’enfermant trois jours dans le frigo. Comme j’étais un peu serrée, j’ai mangé tout ce qu’il y avait dedans pour faire de la place, ça m’a valu 3kg dans les fesses.

Une fois le passeport obtenu, tu dois faire une analyse de sang pour savoir si un certain Lucifer ne t’aurait pas infecté. Je pense que c’est le même procédé d’un antivirus pour un ordinateur. Une fois les résultats négatifs, tu dois te rendre au confessionnal pour déblatérer tout ce qui te passe à l’esprit. Un peu comme chez un psy et copier 100 fois tout ce qui ne va pas comme pour une punition. Toutes les copies sont envoyées scannées chez un graphologue, pendant ce temps-là tu passes au détecteur de mensonge, après quoi tu dois demander à Marie, une nana que tu ne vois jamais, qu’elle implore son fils pour te pardonner. Je pense que lui répond toujours en morse.

 

Dans les histoires d'amour, moi, je n'ai que les histoires, alors ça n'est pas rentable. Et puis il paraît que les enlèvements de l'aimée en étalon noir et cape rouge se font de moins en moins. Question d'homologation du véhicule, ou de pollution, je ne sais pas...Je me secoue actuellement les boyaux de la tête pour trouver l'accroche à la narration d'une intrigue d'amour avec un French Bond de ma connaissance, mais la Direction générale de la sécurité extérieure me demande de remplir six formulaires en douze langues et de faire trois fois le tour de la Terre en pédalo avec un communiste sur le porte-bagage pour recevoir une homologation et un numéro de matricule. La dernière fois, je les ai roulés avec mon numéro de sécurité sociale et je crains que ça ne marche plus.

 

Parler de sexe, encore moins. Tout le monde en a un à priori, je ne vois donc pas l'intérêt.

J'ai là plusieurs histoires avec de l'amour dedans mais c'est tellement vrai que ça a l'air faux.

Que fais-je quand je n'écris pas ? Je parle. C'est la même chose en plus bruyant. Aïe!

Par contre, j'ai mon permis de rêves depuis mes premières divisions cellulaires intra-utérines et je peux vous assurer qu'il y a du monde là-dedans en pyjama rayé.

Maintenant que vous savez qui je suis, je pense que vous saurez tout de suite laquelle des deux écrit. Elle ne me laisse pas souvent la plume, l’autre pimbêche, mais je constate que mes textes ont bien plus de succès que les siens parce qu’ils font rire. Et c’est bien connu, le rire déclenche le fonctionnement de nombreux muscles faciaux, ce qui évite les rides prématurées.

Commentaires

Pas toujours facile la cohabitation, les querelles intestines, le colon qui prend le grêle pour son boy. Comme a dit Sartre: il y a deux sortes d'arbres: le hêtre et le non-hêtre. Il a oublié que les artistes sont aussi des schizo-frênes frénétiques à leurs heures. Votre texte m'a musclé les zygos, première gymnastique du matin.

Écrit par : Edouard et Eddy | 20/10/2006

Le meilleur dans son genre Elle "se" narre avec humour, mais c'est tellement profond...

Écrit par : Francis | 20/10/2006

J'aime, Votre humour décalé et iconoclaste... Un must, un régal pour les zygomatiques...

Cordialement
Marie

Écrit par : Marie Lanson | 21/10/2006

centre commercial -j'achète les deux
-je les emballe séparément, monsieur ?
-non, mettez-les dans le même paquet
-c'est pour offrir ?
-non, c'est pour me faire plaisir

Écrit par : Ton chevalier aimant | 23/10/2006

Ah les Yasmine... Formidablement écrit...
Gros bisou
Yasmina, Malika la Goeland.

Écrit par : Yasmina | 24/10/2006

Plus fort que le café de Genève!
J'aurais dû vous lire bien avant.
Easy

Écrit par : R | 09/11/2006

Qui ? EXISTER !

Écrit par : Tancrède | 09/04/2007

Félicitations à vous deux ! Belle écriture, j'y reviendrai !
;-)

Écrit par : Aline Amball | 26/07/2007

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