17/02/2007

Le spéléologue III

Si vous n'avez pas lu :

Chapitre I
Chapitre II

 

III

 

Je sentais qu'il tentait de s'approcher de moi sans que je puisse, moi, m'approcher de lui. Il avait quelque chose à me communiquer mais voulait garder ses distances. Il me fixa de ses yeux diaphanes. Ses yeux étaient si clairs qu'ils semblaient donner directement à l’âme. Un regard appuyé et pénétrant. Ou peut-être cherchait-il à pénétrer ma conscience ou encore me prévenir d'un danger.

J'étais comme paralysé, mon regard ne pouvait se détourner du sien. J'étais comme envoûté par ce regard si pur, si dense, si perçant.

C'est alors que mon cerveau s'est mis à fonctionner à du 200Km/heure. Ma vie s'est défilée à un rythme vertigineux. Déception, espérance, pleurs, joie,… Toutes la gamme des émotions y passaient. Pleins d’images se sont mises à défiler devant mes yeux comme un film. J’ai regardé ma vie se dérouler dans l'ombre et la lumière. J’ai vu tous les miens, soudainement rassemblés, les amours enfantines, les amitiés qui ont, depuis si longtemps, roulé au ravin. En un éclair, j’ai tout revu, tout senti. J’ai frémi en revoyant le visage des miens. J’ai senti les odeurs de l’enfance, les épreuves, les joies, les bonheurs. Tout ressurgissait par-delà le temps. je n’avais aucune peur ni aucune souffrance, j’éprouvais un sentiment de bien-être comme une gigantesque paix à l’intérieur de moi.

Tout, en moi, rebondissant, intact, distinct, ramenant dans leur sillage ces lieux où enfant, je les avais senties pour la première fois, aussi les odeurs si particulières comme celle du retour du printemps.

L’enfance a ses vertus. Elle nous sert à construire les fondations de nos rêves et nos vies. C’est dans cette mémoire d’enfant que je devais puiser mes forces, fouiller mes colères, entretenir mes passions, et bien souvent repousser les frontières de mes peurs et de mes limites.

Certaines blessures de l’enfance ne cicatrisent pas, elles se font oublier, le temps de nous laisser grandir, pour mieux resurgir plus tard.

C'est ce qui m'arrivait à l'instant.

C'est là que j'ai compris que ceux qui croient tout voir, sont bien souvent aveugles de tant d’essentiels. Qu'il était important de donner l’espoir de tous les possibles. Tenter de refouler nos ancestrales frustrations qui n'étaient que leurres. Ramener la vie à l'essentiel, à ce qu'il y a de plus simple mais tellement difficile à penser. Être tout simplement ce que nous sommes. Être soi, sans détour. Être amour. L'amour n'est pas une chose, l'amour est tout, sans exception. C'est le sacré de notre vie. L'ensemble de la vie s'unit et se désunit dans l'amour : la pluie dans les racines, les étoiles dans l'espace, la lumière dans le feu, la naissance dans la mort. C'est l'innocence des enfants. C'est la résolution de l'incertitude. Il n'y a pas de limites à l'amour. Aimer, c'est le plus grand enseignement que la vie a à offrir. L'amour est toute chose et aucune chose à la fois.

Un film. Le film de ma vie. Le film de mes amours vécus, mes amours perdus, mes amours cruels, mes amours passionnels. Mon père, ma mère, mes frères, mes amis, mes amantes, un passant, un voisin. Une rétrospective de mes propres images, avec des prénoms, des titres, des voix, des sensations, des lieux, des odeurs, des amours vécus, sans oublier les refoulées, les rêves pas autorisés, toutes les amours impossibles qu'on n'a pas tenté d'essayer.

C'est ainsi que tous les chapitres de ma vie défilèrent jusqu'à Rachel.

Revenu au présent, l'enfant s'était évanoui et je me retrouvais à nouveau dans ce décor où naît toutes les forces vitales du centre de la terre.

 

Suite

22:19 Écrit par Yvonne Kastou dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Voir l'essentiel, Vivre l'amour et n'être que ressenti...

Cordialement
Marie

Écrit par : Marie Lanson | 18/02/2007

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