19/05/2007

Le cracheur de feu et le la jeune fille

Jeune et bohème, marginal un peu fou, il venait d'une terre lointaine et voyageait de ville en ville en crachant le feu pour gagner sa vie et en faisant le saltimbanque dans les lieux publics.
Depuis peu, il avait acquérit un chiot labrador de couleur beige et comptait bien en faire son compagnon fidèle. Quoi de mieux qu'un chien pour se tenir compagnie ! Se dit-il.
Chaque année, dans une petite ville de province se faisait une grande fête locale qui durait cinq jours. Tous les habitants étaient en liesse. Les jeux, les rires, les joies, la nourriture, les bonnes bières artisanales se consommaient sans modération. Il y avait aussi des concerts et quelques rituels commémorant l'époque du moyen-âge. C'était jubilation à profusion.
Dans un endroit de la ville, il y avait un lieu assez retiré bien que situé en plein centre, on l'appelait l'îlot. Dans cet îlot, il y avait une taverne où les mêmes personnes s'y retrouvaient chaque année. Ç'en était devenu un lieu familial où tout le monde se connaissait. Il n'y avait jamais d'anicroche et le peu de fois où c'était le cas, les malotrus étaient bien vite éjectés de l'endroit.Tous les soirs, un orchestre différent se présentait. Le gérant de la taverne avait bon goût et les groupes différents étaient, il faut le dire, de qualité.
Saltimbanque (nous appellerons notre personnage ainsi) trouvait l'endroit sympathique et l'avait élu comme quartier général pour les 5 jours de ducasse. C'est là qu'il entreposait ses affaires, venait manger et trouver un peu de repos.
Au second jour, il avait donc abandonné pour un moment son sac sur l'une des tables et en avait fait un lieu douillet pour son chiot, le temps d'une représentation.
Mais voilà qu'à son retour, le chien avait disparu. Toutes ses affaires étaient encore là sauf l'animal. Il chercha un peu partout au sol malgré la foule mais sans succès. Un type le remarqua, lui tapa à l'épaule et pointa du bout du doigt l'autre extrémité de la longue table. Saltimbanque tourna son regard vers l'endroit qui lui était indiqué. Son sang se mit tout à coup en effervescence. Les décibels se transformèrent en une mélodie à la Berlioz, ou encore, à la Brahms. Un tableau de Renoir mis au goût du jour, une scène à la Walter Salles, l'apparition d'un ange... lorsqu'il vit une jeune fille entourer de ses bras l'adorable petit chiot qui dormait à point fermé. Elle avait trouvé l'animal seul sur la table, l'air désemparé et tremblotant, l'ayant enveloppé de ses bras, le chien y avait trouvé chaleur et refuge et s'était endormi. Il admira la scène attendrissante un moment sans bouger, il aurait aimé, l'espace d'un seul instant, une seule petite minute, être ce petit chiot. La jeune fille ne remarqua pas son spectateur tant son attention et son amour était porté sur l'animal. Quelqu'un l'extirpa de ses pensées pour lui faire comprendre que le propriétaire de son petit protégé était là. Toutes communications se faisaient par signe à cause des décibels importants qui fusaient. Saltimbanque se foudroya encore plus lorsque la jeune fille leva la tête vers lui. Elle avait un regard extraordinaire, scintillant, une chevelure sauvage et un sourire de femme-enfant. Saltimbanque comprit par sa moue qu'elle voulait encore un moment choyer le bébé animal. De toute façon, il trouvait la scène bien trop belle que pour les séparer et l'animal paraissait si bien emporté dans un profond sommeil qu'il fit signe à la jeune fille de le garder encore un moment.
Il ne sait pas combien de temps cela dura car pour lui tout s'était arrêté mais il se forçat à se détourner de la scène tant son regard était insistant et ses pensées folles. Après un temps, la jeune fille se leva, lui tendit l'animal et disparut dans la foule.
Il ne savait rien d'elle ni comment elle s'appelait mais cela n'avait aucune importance. Tout ce qu'il voulait, c'était la revoir, ne serait-ce que pour la caresser du regard. Et tout ce qu'il avait d'elle, c'était sa chaleur déposée sur l'animal.
Le lendemain, elle était réapparue de la même manière qu'elle avait disparue la veille. Cette fois, elle était assise sur la table, les pieds déposés sur le banc. Il aurait bien voulu l'approcher mais ne savait pas comment s'y prendre ni trouver un prétexte. Lorsqu'elle remarqua la présence de Saltimbanque, elle scrutait de ses yeux de félins la présence de l'animal. Elle ne s'intéresse pas à moi, se dit-il, seul mon chien l'enthousiasme.
Lorsqu'il put croiser son regard, il lui lança un air complice, ramena devant lui la besace qui pendait à son dos pour lui montrer l'animal dont seul la tête dépassait de son bagage. Le visage de la jeune fille devint encore plus radieux lorsqu'elle vit le spectacle. Elle était attendrie de voir ce petit chiot qui paraissait prendre un fin plaisir d'être niché dans un endroit où il pouvait voir tout ce qui l'entourait. Saltimbanque retira d'une main la bête pour le tendre à la jeune fille. Elle tendit à son tour les siens pour attraper l'animal avec une expression de ravissement. Peux-tu le garder le temps d'une représentation, lui demanda-t-il. Elle répondit d'un sourire approbateur sans prononcer un seul mot. Aussitôt dans ses bras, le petit labrador reconnut, certainement par l'odeur, la chaleur de sa protectrice et se lova dans ses bras tout en enfouissant sa tête dans le cou de la jeune fille. Elle se mit à rire des chatouillements que cela lui procurait et était heureuse que l'animal la reconnaisse. Saltimbanque aurait aimé lui faire le même effet et ses pensées furtives le paralysaient devant elle. Son regard fut tellement insistant qu'elle en comprit le sens, rougit et baissa les yeux au sol en enserrant l'animal avec plus d'insistance comme pour se protéger.
Comme elle paraissait sauvage, il ne voulait pas l'inquiétér et s'angoissait à l'idée qu'elle disparaisse à nouveau, alors il fit un pas en arrière en lui lançant un à tout à l'heure. Il sentait bien qu'il devrait user de prudence et de patience avec elle et pour s'en approcher un peu plus, devrait l'apprivoiser petit à petit.
C'est ainsi que chaque jour, il la retrouvait au même endroit et lui confiait à chaque fois le petit chiot et tous les jours ses disparitions étaient comme un rituel. Il avait pu, à maintes reprises, effleurer du bout des doigts les mains de la jeune fille par l'animal. L'effleurer ainsi lui procurait tant d'émotions qu'il attendait impatiemment ces moments. Plus le temps avançait, plus son coeur battait la chamade à tout rompre. Mais il savait également qu'il lui restait peu de temps. Les jours de festivités diminuaient à grands pas après quoi il ne saurait où la trouver. Tout était mystère en elle. Il ne connaissait ni son prénom, ni le son de sa voix. Tout ce qu'il savait d'elle était dans son regard, son sourire, ses cheveux et ses mains fines.
Au dernier jour arriva ce qu'il redoutait le plus, la jeune fille s'estompa dans la foule pour ne plus réapparaître.
Il revint l'année suivante mais trouva l'îlot complètement vide. La taverne avait fermé ses portes.

07:44 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

BONJOUR la taverne avait fermé ses portes....
et c est la vie....
merveilleuse journée a toi....

COEURDENFANT

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Écrit par : COEURDENFANT | 20/05/2007

Beh moi... Je fais mieux que cracher du feu par la bouche. Je le crache avec mon lance-flamme incorporé. Feu en ton corps assuré!!!!
Imbu ? Beh oui mais faut bien essayer hein !!!

Écrit par : Ton Prince Charmant | 25/06/2007

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