30/05/2007

mots défaits

Une femme est assise,

Puis couchée,

Puis de nouveau assise.

C’est moi.

 

Je ne saurais pas vous décrire ce que je ressens parce que je ne connais pas les mots pour qualifier ce qui me hante au point de me laisser croire que tout pourrait changer, mon monde, le vôtre, le leur.

Nous sommes tous grain de sable et le moindre grain a son importance, sa puissance, certes.

Ne pas donner de biens mais donner de soi-même.

 

Une femme est couchée,

Assise,

De nouveau couchée,

C’est moi.

 

Je me fous des combats que j’ai menés.

Je me moque de mes nuits noires et de mes dimanches.

Je ne renoncerai jamais à l’espoir.

Parfois mes pensées me donnent le vertige.

Personne ne pourra voler mes souvenirs.

 

Une femme est debout,

Puis assise,

Puis à nouveau debout.

C’est moi.

 

Mon cœur est un arbre lourd de fruits à cueillir et distribuer.

À quand le jour de ma récolte ?

Dans quel champs ai-je jeté la graine et en quelles saisons oubliées ?

Quand le gardien de la nuit viendra-t-il emplir ma lampe d’huile et l’allumera ?

Beaucoup de choses demeurent dans mon cœur inexprimés car moi-même ne peut révéler mon plus profond secret.

 

Une femme est assise,

Puis debout,

Puis à nouveau assise.

C’est moi.

 

Où est le plein midi de mon crépuscule ?

Je suis entre la naissance et la mort.

Retenir c’est périr et je me retiens.

La nuit ne s’achèvera donc jamais…

Avec pour seule, éternelle complice, une cigarette, toujours la même, dirait-on, toujours recommencée comme si on attendait d’elle une réponse qui ne viendrait pas.

 

Une femme marche,

Puis est assise,

Puis à nouveau marche.

C’est moi.

 

Moi qui aime la ponctualité, j’ai raté mon rendez-vous.

Non pas que j’étais en retard mais terriblement à l’avance.

Il faut dire aussi que je suis née en retard même si j’étais prématurée.

La misère morale qui m’accablait étant gosse, en butte à la brutalité, à l’injustice des adultes ou aux moqueries des garçons de mon âge.

Je demeurais les bras ballants sans voix.

Seuls les larmes et mes bulles de rêves.

 

Une femme est debout,

Puis accoudée,

Puis à nouveau debout.

C’est moi.

 

Aujourd’hui, je ne crois plus à la fertilisation par le désespoir, vieille baudruche judéo-chrétienne.

Force m’est de constater que toute peine me harasse, que l’affliction m’exténue, que le malheur m’abrutit, que la désolation me crétinise.

À quoi bon mêler toujours émotions et sentiments ?

Pourquoi ébaucher ce flirt des âmes toujours si parasité de restrictions mentales qu’il tourne immanquablement à la fraude ?

 

Une femme est assise,

Puis couchée,

Puis à nouveau assise.

C’est moi.

 

J’ai toujours eu des lâchetés inutiles et des courages catastrophiques.

Personne ne traduit-il donc jamais personne ?

Et si je le fais, serait-ce cette raison d’être éternellement rejetée.

De faire peur comme si j’étais voleuse d’âme ?

Castratrice de la pensée ?

J’ai trébuché dans le temps, aujourd’hui je dérape dans le sang.

En quête d’un absolu dérisoire, exigeant tout, c’est-à-dire pas grand chose.

Les jeux de mots sont défaits – des faits.

 

Une femme est assise,

Puis couchée,

Puis couchée à jamais.

C’est moi.

19:45 Écrit par Yvonne Kastou dans Essence, Esprit et Philosophie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

29/05/2007

Elocution

- Mimine, il est où le pont ?

- Le Pont ? Quel Pont ?

- Mais oui, le pont !

- Mais il n'y a pas de pont ici !

- Mais siiii !!!

- Tu es déjà venu ici ?

- Mais c'est toi qui ya dit qui yavait un pont !!!

- Moi ? J'ai jamais dit ça !

- Siiii, tu m'as dit qu'on allait voir des ponts et plein de canards.

- Han ! Tu veux dire des paons ?

- Ouiiii, il est où le pont Mimine ?

- Didi, on dit pas pont mais paon.

- Pont.

- Non Didi : paon.

- Beh vi, c'est ce que je dis : pont

- Non, c'est comme le bruit du revolver : pan, pan

- Pont

- Comme le lapin dans Bambi, didi : paon

- Mais vi hein : pont

- Ok, on va bientôt voir des ponts Didi.

- Mimine, arrête de dire des bêtises !

- Mais je ne dis pas de bêtises.

- Si, tu dis Pont... Allez hein.... y sont où les ponts Mimine ?

22/05/2007

Aparté

 

Retrouver sa voix,

Se raconter un peu.

Une sensation d’intimité comme s'ils avaient vécu,

Comme s'ils s'étaient connus très proches,

Heureux de se retrouver là, ensemble.

Mais une pudeur de peur que l’autre s’en échappe.

Bon, très bon de l’avoir entendu.

Les palpitations ne sont venues qu’après avoir raccroché.

Est-cela l’amour ?

Le sentiment amoureux ?

Leurss envies curieuses qui voulaient entendre l’autre,

Ce qu’il fait, ce qu’il a fait, ce qu’il est, ce qu’il ressent.

Toute cette dentresse, qu’est-ce qui leur a échappé ?

Sont-ce les mots qui, si précieux, auraient fait défaut de les avoir trop employés au point d’en perdre la signification ?

Est-ce la folie fonceuse qui aurait fait fuir ?

Serait-ce là où le mot regret prendrait toute sa signification ?

Vivre un amour tellement fort et jamais consommé.

Sans doute l’aurait-il été que l’intensité se serait effritée.

Doivent-ils vivre platoniquement ?

La voix, rien que l'a voix ressource comme si l’entendre suffisait,

Savoir que l'autre est là,

Près de soi,

Près de l’élément le plus intime.

Il y a des choses qui n’ont jamais été dites.

Et pourtant, elles ont été entendues,

Et pourtant...

Et pourtant...

21:35 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

20/05/2007

Partir

 

Partir, vivre différemment,
Cette phrase germe en lui de jour en jour.
Mais que rien ne fasse dériver ton chemin.

Certaines voies plaisent plus que d’autres,
Captivent,
S’unissent avec ses rêves,
Ses désirs,
Ses aspirations.
Rien que les voir et tout s’embrase en lui.

Un jour, partir,
S’arracher à l’étau,
À l’ennui,
Aller à la rencontre du monde,
De personnes claires et aimantes,
À la rencontre d’une vie délivrée de la souffrance et du mal.

Partir, partir….
Trouver la capacité de partir.
Marcher pendant des jours et des jours.
Ne sachant pas où les pas le portent mais peu importe.
Simplement marcher, marcher.
Aller toujours plus loin sans s’arrêter,
Sans se retourner.
Fuir ce qui l’oppresse,
L’enferme,
Le tient comme dans une tenaille.
Toujours en lui cette nostalgie de je ne sais quoi,
Ce besoin irrépressible d’une vie libérée de toute attache,
Une vie émancipée et riche,
Vaste,
Intense,
Une vie où ne règnerait que bonté,
Compréhension
Et lumière.

Partir ne fait pas mourir le passé,
Mais permet de renouveler l’oxygène,
Nettoyer les impuretés,
Et vitaminer l’esprit.

Pars..... et reviens vite.

 

17:00 Écrit par Yvonne Kastou dans Essence, Esprit et Philosophie | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

 Les passants

Un joggeur avance au rythme de la musique de son walkman à travers le casque qu'il porte sur ses oreilles. Isolé dans son monde, il chante à tue tête sans s'en rendre compte.

Deux vieilles dames, bras dessus, bras dessous, se rendant au cimetière s'arrêtent un moment pour faire débat sur les conducteurs en excès de vitesse.

Un homme qui parle seul, trop plongé dans son monologue que pour constater votre présence. Il marche au rythme de ses nerfs.

Un couple sexagénaire main dans la main se promène au rythme du temps qui leur appartient. Ils semblent épanouis et vous lancent un sourire.

Un vieux monsieur qui vous offre une parole d'encouragement le coeur plein d'entrain.

Une simple d'esprit qui vous tutoie en vous appelant madame et qui vous trouve bien du courage.

Une bande de gamins qui parlent voitures mais ne manquent pas de vous saluer.

Un cloporte qui paraît perdu si haut perché au mur et tente à retrouver son chemin.

Un condisciple d'école qui s'étonne de vous avoir pour voisin, s'arrête un moment pour discuter du passé.

Un monsieur qui s'inquiète du danger de la hauteur qui vous fait ses mille et une recommandations.

Un passant qui feinte de ne pas vous avoir vu, qui rentre la tête dans son col et fixe le bout de ses chaussures.

Un conducteur qui vous sourit en quête de plaire, qui ralentit à votre hauteur pour se faire bien voir.

Une voisine qui vous fait la causette l'espace d'un instant, apprend à vous connaître en posant quelques questions.

Une petite fille accompagnée de ses parents qui apprend à rouler à vélo, fière qu'on la regarde, elle se positionne bien droite.

Un accro qui passe approvisionné de bouteilles, l'air gêné qu'on le soupçonne, il accélère le pas.

Et moi pendue à mon pinceau, perchée sur mon échelle pour donner le bleu de la nuit à mes chassis.

J'ai passé un excellent dimanche ce jour-là.

Merci à vous passants qui êtes passés.

Ma journée de labeur, fût grâce à vous, ensoleillée.

Repassez quand vous voulez.

16:45 Écrit par Yvonne Kastou dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

 Comme un oiseau

Comme un oiseau,
Voler dans les airs
Pour admirer les merveilles de la planète.
Sensation enivrante.
Survoler les montagnes.
Vertige.
M'élancer dans le ciel,
Les arbres sont majestueux,
Danser avec le vent,
Survoler les plaines.
Perdre de l'altitude,
Prendre de la vitesse,
Etre léger, paisible et tranquille.
Découvrir le monde,
Par-delà les monts et les nuages,
Effet majestueux.
Je plane,
Au mépris de la main humaine,
Laissez-moi.... je voyage....
Mon corps est présent mais mon esprit est loin.
Je voyage.... je suis dans des contrées lointaines,
Plus rien n'a d'importance.
Je suis loin, plus rien ne compte....
Je voyage, sans bagage.... libre.... légère,
Comme l'air mon esprit est déjà loin.
Et mon corps est encore là.
Je suis là-bas quelque part,
Loin de tout et surtout de Vous.

16:30 Écrit par Yvonne Kastou dans Essence, Esprit et Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

19/05/2007

Le cracheur de feu et le la jeune fille

Jeune et bohème, marginal un peu fou, il venait d'une terre lointaine et voyageait de ville en ville en crachant le feu pour gagner sa vie et en faisant le saltimbanque dans les lieux publics.
Depuis peu, il avait acquérit un chiot labrador de couleur beige et comptait bien en faire son compagnon fidèle. Quoi de mieux qu'un chien pour se tenir compagnie ! Se dit-il.
Chaque année, dans une petite ville de province se faisait une grande fête locale qui durait cinq jours. Tous les habitants étaient en liesse. Les jeux, les rires, les joies, la nourriture, les bonnes bières artisanales se consommaient sans modération. Il y avait aussi des concerts et quelques rituels commémorant l'époque du moyen-âge. C'était jubilation à profusion.
Dans un endroit de la ville, il y avait un lieu assez retiré bien que situé en plein centre, on l'appelait l'îlot. Dans cet îlot, il y avait une taverne où les mêmes personnes s'y retrouvaient chaque année. Ç'en était devenu un lieu familial où tout le monde se connaissait. Il n'y avait jamais d'anicroche et le peu de fois où c'était le cas, les malotrus étaient bien vite éjectés de l'endroit.Tous les soirs, un orchestre différent se présentait. Le gérant de la taverne avait bon goût et les groupes différents étaient, il faut le dire, de qualité.
Saltimbanque (nous appellerons notre personnage ainsi) trouvait l'endroit sympathique et l'avait élu comme quartier général pour les 5 jours de ducasse. C'est là qu'il entreposait ses affaires, venait manger et trouver un peu de repos.
Au second jour, il avait donc abandonné pour un moment son sac sur l'une des tables et en avait fait un lieu douillet pour son chiot, le temps d'une représentation.
Mais voilà qu'à son retour, le chien avait disparu. Toutes ses affaires étaient encore là sauf l'animal. Il chercha un peu partout au sol malgré la foule mais sans succès. Un type le remarqua, lui tapa à l'épaule et pointa du bout du doigt l'autre extrémité de la longue table. Saltimbanque tourna son regard vers l'endroit qui lui était indiqué. Son sang se mit tout à coup en effervescence. Les décibels se transformèrent en une mélodie à la Berlioz, ou encore, à la Brahms. Un tableau de Renoir mis au goût du jour, une scène à la Walter Salles, l'apparition d'un ange... lorsqu'il vit une jeune fille entourer de ses bras l'adorable petit chiot qui dormait à point fermé. Elle avait trouvé l'animal seul sur la table, l'air désemparé et tremblotant, l'ayant enveloppé de ses bras, le chien y avait trouvé chaleur et refuge et s'était endormi. Il admira la scène attendrissante un moment sans bouger, il aurait aimé, l'espace d'un seul instant, une seule petite minute, être ce petit chiot. La jeune fille ne remarqua pas son spectateur tant son attention et son amour était porté sur l'animal. Quelqu'un l'extirpa de ses pensées pour lui faire comprendre que le propriétaire de son petit protégé était là. Toutes communications se faisaient par signe à cause des décibels importants qui fusaient. Saltimbanque se foudroya encore plus lorsque la jeune fille leva la tête vers lui. Elle avait un regard extraordinaire, scintillant, une chevelure sauvage et un sourire de femme-enfant. Saltimbanque comprit par sa moue qu'elle voulait encore un moment choyer le bébé animal. De toute façon, il trouvait la scène bien trop belle que pour les séparer et l'animal paraissait si bien emporté dans un profond sommeil qu'il fit signe à la jeune fille de le garder encore un moment.
Il ne sait pas combien de temps cela dura car pour lui tout s'était arrêté mais il se forçat à se détourner de la scène tant son regard était insistant et ses pensées folles. Après un temps, la jeune fille se leva, lui tendit l'animal et disparut dans la foule.
Il ne savait rien d'elle ni comment elle s'appelait mais cela n'avait aucune importance. Tout ce qu'il voulait, c'était la revoir, ne serait-ce que pour la caresser du regard. Et tout ce qu'il avait d'elle, c'était sa chaleur déposée sur l'animal.
Le lendemain, elle était réapparue de la même manière qu'elle avait disparue la veille. Cette fois, elle était assise sur la table, les pieds déposés sur le banc. Il aurait bien voulu l'approcher mais ne savait pas comment s'y prendre ni trouver un prétexte. Lorsqu'elle remarqua la présence de Saltimbanque, elle scrutait de ses yeux de félins la présence de l'animal. Elle ne s'intéresse pas à moi, se dit-il, seul mon chien l'enthousiasme.
Lorsqu'il put croiser son regard, il lui lança un air complice, ramena devant lui la besace qui pendait à son dos pour lui montrer l'animal dont seul la tête dépassait de son bagage. Le visage de la jeune fille devint encore plus radieux lorsqu'elle vit le spectacle. Elle était attendrie de voir ce petit chiot qui paraissait prendre un fin plaisir d'être niché dans un endroit où il pouvait voir tout ce qui l'entourait. Saltimbanque retira d'une main la bête pour le tendre à la jeune fille. Elle tendit à son tour les siens pour attraper l'animal avec une expression de ravissement. Peux-tu le garder le temps d'une représentation, lui demanda-t-il. Elle répondit d'un sourire approbateur sans prononcer un seul mot. Aussitôt dans ses bras, le petit labrador reconnut, certainement par l'odeur, la chaleur de sa protectrice et se lova dans ses bras tout en enfouissant sa tête dans le cou de la jeune fille. Elle se mit à rire des chatouillements que cela lui procurait et était heureuse que l'animal la reconnaisse. Saltimbanque aurait aimé lui faire le même effet et ses pensées furtives le paralysaient devant elle. Son regard fut tellement insistant qu'elle en comprit le sens, rougit et baissa les yeux au sol en enserrant l'animal avec plus d'insistance comme pour se protéger.
Comme elle paraissait sauvage, il ne voulait pas l'inquiétér et s'angoissait à l'idée qu'elle disparaisse à nouveau, alors il fit un pas en arrière en lui lançant un à tout à l'heure. Il sentait bien qu'il devrait user de prudence et de patience avec elle et pour s'en approcher un peu plus, devrait l'apprivoiser petit à petit.
C'est ainsi que chaque jour, il la retrouvait au même endroit et lui confiait à chaque fois le petit chiot et tous les jours ses disparitions étaient comme un rituel. Il avait pu, à maintes reprises, effleurer du bout des doigts les mains de la jeune fille par l'animal. L'effleurer ainsi lui procurait tant d'émotions qu'il attendait impatiemment ces moments. Plus le temps avançait, plus son coeur battait la chamade à tout rompre. Mais il savait également qu'il lui restait peu de temps. Les jours de festivités diminuaient à grands pas après quoi il ne saurait où la trouver. Tout était mystère en elle. Il ne connaissait ni son prénom, ni le son de sa voix. Tout ce qu'il savait d'elle était dans son regard, son sourire, ses cheveux et ses mains fines.
Au dernier jour arriva ce qu'il redoutait le plus, la jeune fille s'estompa dans la foule pour ne plus réapparaître.
Il revint l'année suivante mais trouva l'îlot complètement vide. La taverne avait fermé ses portes.

07:44 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

17/05/2007

La chasse aux scorpions

On ne savait pas beaucoup profiter des vacances comme on le voulait mes frères et moi. Mes parents étaient toujours invités chez l'un ou chez l'autre. De plus, c'était la saison des mariages, et évidemment, nous étions obligés de les suivre. Les seuls moments où l'on pouvait en profiter réellement, c'était lorsque nous partions sur l'ile.
Un soir, nous étions invité à un mariage. Mon père voulait nous obliger à y aller mais nous avions décidé, de commun accord, de nous révolter. Ce ne fut pas chose facile mais il finit par céder. Mon grand frère avait souvent des obsessions qui lui travaillait l'esprit et lorsque c'était le cas, il faisait tout ce qui était en son pouvoir pour nous entraîner, nous les plus jeunes, dans ses aventures. L'influence de l'aîné sans doute, nous cédions presque à chaque fois. Cette fois-là, c'était les scorpions. Il avait une fascination pour ces animaux et le danger l'attirait comme un aimant. S'inventer des histoires façon Indiana Jones ne lui suffisait pas, non, il voulait les vivre. De plus, le jour où mon père nous a raconté qu'il avait été piqué par un scorpion, qu'on lui a fait une saignée et qu'il a vécu une semaine dans la fièvre et le délire, ça le fascinait encore plus. Il trouvait ça très viril et pour lui, vivre de telles choses étaient dignes d'un vrai homme.
Aussitôt mes parents partis, nous nous sommes mis à nous préparer pour partir. Des chaussures bien fermées pour protéger nos pieds d'éventuels piqûres étaient nécessaires et une lampe. Bien que j'avais très peur, l'idée de vivre une aventure telle que celle-là, m'excitait au plus haut point.
Sur une étagère, il y avait quelques lampes de camping alimentées par de petites bonbonnes de gaz. Nous avons testé toutes les lampes, malheureusement, plus aucune n'avait de gaz. Mon frère, bien décidé à ne pas abandonner la partie, fouilla toute la cuisine pour tenter de trouver une solution. Il finit par tomber sur un réchaud de camping avec la même bonbonne que pour les lampes, et celle-ci était pleine. L'âge irréfléchi mêlé à l'excitation, mon frère proposa de retirer la bonbonne du réchaud pour la mettre sur une lampe. Comme nous n'avions jamais touché à ça, nous ne savions pas que la bonbonne, une fois placée, ne pouvait être enlevée que vide puisqu'elle était trouée. De plus, elle exerçait une pression si forte sur l'appareil qu'il était très dur de l'extirper.
Pendant plus d'une heure, nous nous sommes battus avec cette bonbonne impossible à retirer. Je nous vois encore, chacun notre tour, à califourchon, le réchaud entre les jambes et tirer de toutes nos forces. Parfois on s'obstinaient à trois dessus. En vain. Tous les ustensiles de cuisine y sont passés pour faire levier.
Finalement, elle céda sur notre obstination et à notre grande surprise, la bonbonne se souleva seule à trente centimètres au-dessus du sol en tournoyant. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'on comprit que le gaz s'en échappait. Mon frère, conscient du danger, cria de partir. Moi j'étais comme paralysée et admirait cette bonbonne danser dans les airs. Il avait beau crier, je ne bougeais pas. Alors il m'empoigna pour m'emmener dans la pièce d'à côté. Au bout d'un moment, on put entendre la bonbonne tomber au sol. Et là, une image qui restera gravée à jamais dans ma mémoire lorsque je nous revois, chacun de son côté, faire apparaître lentement le bout du nez dans la pièce. J'en ris encore aujourd'hui.
Evidemment notre expédition était à l'eau et il fallait trouver une solution pour éliminer les odeurs de gaz avant que nos parents reviennent. Nous avons vidé la bouteille de désodorisant de ma mère dans la pièce.
À leur retour, ils ont trouvé que ça sentait bizarre et nous feignons de ne rien sentir et le lendemain, maman était étonnée de ne plus avoir de désodirisant, persuadée qu'elle était pleine. À part cela, jamais ils n'ont su ce qu'il s'était passé réellement. Et cette année-là, plus aucune occasion de partir à la chasse aux scorpions ne se présenta.

08:43 Écrit par Yvonne Kastou dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

16/05/2007

Vacances à l'ancestrale

Je me souviens d'elle comme si c'était aujourd'hui. Elle approchait les 80 ans et avait décidé de quitter la maison de son beau-fils pour retourner dans ses terres sur l'île où elle possédait une maison. Elle avait décidé de laisser derrière elle la modernité pour retourner à la vie ancestrale. Comme la plupart des maisons là-bas, toutes les pièces formaient un rectangle pour entourer une cour centrale. Il fallait obligatoirement passer par cette cour pour se rendre d'une pièce à l'autre. Dans la cour, il y avait une petite pièce supplémentaire où elle y logeait un mouton et en plein milieu, une fontaine à l'abandon. Il n'y avait pas d'eau courante, il fallait aller la chercher au puit, ce qu'elle faisait tous les matins à l'aube avant qu'on ne se réveille pour préparer le café du petit déjeûner. Pour se laver, nous devions obligatoirement être à deux. On avait instauré un système de douche avec une vieille boîte en plastique qu'on avait trouée pour faire passer l'eau. L'un remplissait la boite pour que l'autre puisse se laver. Il n'y avait pas non plus d'électricité et l'on s'éclairait avec des lampes perchées sur des bonbonnes de gaz. La cuisinière était aussi alimentée par une bonbonne ou parfois elle cuisinait sur un brasero en terre cuite, ce qui relevait encore plus le goût.
Je me souviens d'une chose qui m'avait fortement marquée, c'est qu'elle ne possédait qu'une seule casserole. Cette casserole servait à tout : cuisiner, faire la vaisselle, lessiver, etc... Au début, ce n'était pas pour nous plaire mais après réflexion, je pense que jamais je n'avais vu ni ne verrai plus jamais une casserole aussi propre et aussi brillante que celle-là. Elle vivait avec le stricte nécessaire. Tout accessoire était inutile à ses yeux. Du moins, c'est ce qui paraissait car nous ne savions que peu communiquer avec elle étant donné qu'elle ne parlait pas le français.
Comme tous les enfants de notre age, nous aimions passer nos journées à la plage, mais un jour, mon père ne voulait pas y aller. C'était bien trop loin de s'y rendre à pied, alors, pour nous faire plaisir, elle nous prêta un âne et une charette. Quel bonheur que cette balade en charette.
Tout le long de la plage, il y avait des carcasses de cabanes faites avec des troncs de palmiers. Il suffisait chaque été de les recouvrir de feuilles de palmier pour se protéger du soleil. Nous avions l'impression d'être les « Crusoë » des temps modernes d'autant plus que ces plages étaient, à l'époque, bien désertes. Il paraît qu'aujourd'hui tout est envahi d'hôtels.
Nous avons vécu un petit mois comme ça. Je ne sais si je pourrais vivre de cette manière éternellement, mais je vous assure, ça vous apprend la vie et l'on se rend compte qu'on vit avec neuf dixième de choses inutiles.
En tout cas, c'est certain, j'en garde un très bon souvenir de ces vacances à l'ancestrale.

20:22 Écrit par Yvonne Kastou dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

15/05/2007

Etreinte

 

Depuis qu'il la connaissait, il n'avait qu'une envie. La connaître mieux, être son intime, son ami, son frère, son amant.

Depuis qu'il la connaissait, il ne voulait qu'une chose. Lui plaire, l'intéresser, l'attirer, partager.

Mais il ne pouvait rien faire, rien exprimer car elle appartenait à un autre et c'est autre était son Ami, son Meilleur Ami, Son Confident.

Pourtant, c'est à lui qu'elle parlait lorsqu'ils étaient à trois, c'est avec lui que les conversations en tous genres, en tous styles se faisaient. Son ami, lui, ne parlait pas, comme si rien ne l'intéressait, comme si tout l'ennuyait, comme s'il était ailleurs.

Un jour, ils sont partis tous les trois en train à la capitale rejoindre de ses compères. C'était un dimanche de printemps. Il a fait les présentations, ils ont fait connaissance, sont partis au marché pour acheter ce de quoi préparer à manger. Une belle matinée ensoleillée. C'était avec lui qu'elle goûtait les fruits, c'était avec lui qu'elle discutait des marchandises et d'autres choses, c'était avec lui qu'elle riait.

Et l'ami, quant à lui, restait en retrait comme s'il s'en foutait.

Elle ne remarquait pas l'amour qu'il lui portait, elle ne remarquait pas que l'ami s'en foutait, du moins, elle ne faisait rien paraître.

Son ami lui avoua au cours de la journée qu'il voulait la quitter, qu'il n'avait rien à partager avec elle. Sans doute la raison de son attitude distante.

Serait-ce l'occasion inespérée pour lui ? Mais comme à l'habitude, il ne fit rien paraître. Il ne le pouvait pas, du moins pour un temps.

Ils passèrent tous une agréable journée. Au retour dans le train il lui dit que quoiqu'il arrive, il espérait qu'ils garderaient le contact. Elle n'avait pas compris sa réflexion. Pour elle, c'était évident qu'ils continuent à se voir.

Ce n'est que quelques jours après la rupture qu'elle comprit le pourquoi de cette réflexion.

Et quelques mois passèrent où elle ne donna aucune nouvelle. Que devait-il faire ? Attendre ? Aller la voir ? Il attendrait. C'était plus sage à ses yeux. Elle, par contre, se dit que ses dernières paroles ne valaient rien et fût déçue.

Un an passa, et puis un jour, ils se sont revus au hasard d'une rue. Inquiet, il lui demanda la raison de sa disparition. Étonnée, elle lui dit qu'il aurait pu prendre des nouvelles. Ils sont allés boire un verre et ont parlé, beaucoup parlé, de cette rupture, de l'état dans lequel elle était. Et lui, comme pris par une habitude d'avoir caché ses sentiments, il n'osait lui dire ce qu'il ressentait, ce qu'il espérait et a usé du même comportement d'il y a un an.

Et ils ont continué à se voir, à faire des choses ensemble, à partager les amis, les repas, les balades. Il avait décidé d'user de patience car elle ne semblait pas éprouver un sentiment plus qu'amical. En fait, elle ne savait pas, elle ignorait son amour pour lui jusqu'au jour où il dût s'absenter pendant plus d'une semaine. C'est là qu'elle comprit qu'il lui manquait, qu'il lui manquait terriblement, un manque peu ordinaire. C'est l'une de ses amies, témoin de leur relation, qui lui ouvrit les yeux.

À son retour, elle continua d'adopter la même attitude mais brûlait d'impatience du jour J.

Un soir, ils sont sortis danser avec l'amie qui lui fit voir clair. Jamais il n'osa l'inviter pour danser. L'amie l'encouragea à ce qu'il l'invite en lui faisant comprendre de manière subtile qu'il était temps d'agir en le rassurant qu'il devait surpasser la peur d'être refoulé, que cette peur n'était pas fondée.

Il l'emmena donc sur la piste de danse et c'est là qu'aucune parole ne pourrait égaler, qu'aucun regard ne pourrait exprimer, qu'aucun sourire ne pourrait enflammer autant que l'étreinte qu'il lui offrit généreusement.

L'étreinte, anagramme d'éternité, d'après Montherlant, le plus haut langage du corps et de l'âme, l'acte qui a déjà aidé tant de personnes à se réconcilier, le geste qui rassure, console et protège les enfants, le plus beau des baisers, le plus grand acte d'amour qui soit, la source de chaleur divine.

Par l'étreinte, ils se sont aimés.

20:10 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

13/05/2007

Rhapsodie en sable mineur et lux aeternam

 

Accordez-moi un temps,
Le temps nécessaire pour vous emmener avec moi
dans une des plus belles pages que je connaisse.

Elle est le début et la fin.
Naître pour mourir.
Traverser la tragédie de notre mort programmée,
Ne pas renoncer mais vivre pour croire et espérer.

Ni tristesse, ni morbide.
Au contraire.
Bien au contraire ...
La beauté dans ce qu’elle a de plus absolu,
La passion dans ce qu’elle a de plus définitif,
L’amour dans ce qu’il a de plus harmonieux.
Notre existence est un monde à la fois de proses et de poésies.
La prose ...
Toutes les choses que l’on trouve ennuyeuses et pratiques.
La poésie, ou la musique ...
Ce qui nous met dans un état de grâce et de ravissement.

Et en nous, toujours deux personnages.
L’un, caché, secret,
Avide de passion
Et d’exaltation.
À l’image de l’enfant que nous fûmes aux tous premiers temps de notre vie.

L’autre,
Celui qui s’est frotté aux exigences de la réalité,
Celui qui a renoncé à la démesure de ses désirs pour acquérir une place.

Dans le conflit qui nous oppose à nous-même,
De tous les arts,
La musique est celui qui nous ramène enfin aux rêves de cet enfant que nous avons été et que nous aimerions tant être resté.

Alors, accordez-moi un temps,

Ecoutez la musique autrement.

Je ne suis qu'une aléa

Pacem aeternam

20:45 Écrit par Yvonne Kastou dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Lune

 

Quelques lignes en cette fin d’après-midi.
Des mots pour être près de toi,
Passer ma main sur ton front,
Profitant d’une seconde hors du temps,
Sans bruit et sans paroles...

Pas besoin de mots pour se dire ce qui se passe.
Pas besoin de discours pour ressentir la paix et la tendresse,
L’amour du bout des yeux...

Mais qui es-tu pour qu'un bout de toi est en cours en moi,
En phase foetale,
Attendant patiemment le moment de son accouchement ?

J'ai le vouloir au bout des doigts,
Et si tu regardes plus près,
Non... plus près...
Encore...
Tu pourrais cerner mon souffle et mes yeux qui tournent,
Mes désirs sont écrits en dedans,
Ces mots silencieux que j'insuffle,
Ce futur que j'escompte,
Ces calligraphies qui en disent tout autant.

Parfois, mon âme s’enfuit
Par cette fenêtre
Qu’elle est seule à connaitre
De l’autre coté de l’absence.
Je partage le pain de l’étoile
Qui me parle dans le sommeil impatient
J’attends...
J'attends les trésors que mon âme ramène
De son voyage nocturne.
Après quoi j'espère à une prochaine lune.

20:15 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/05/2007

Pénitence

 
A la folie des chemins, 
Le coeur en l'air,
J'ai croisé des fougues surmontées de joyaux,
J'ai couru à l'ivresse l'espace d'un moment,
Elle s'est emparée de mon oeil,
Et touché les goutelettes suées en dedans.
J'ai bu la vie de tous mes yeux,
Quand je me fus aveugle.
Depuis je suis bénie en hérétique,
Toi perdu en dedans vers je ne sais où,
Toi jusqu'au coeur,
Toi l'Adam aux cils ouverts sur les entrailles,
Ecoute ma main t'effleurer de finesse,
Et ouvre tes mille ans à l'essai,
Je spectrerai de douceur tes pourquois usés.

18:45 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Viens !

 

Chuuutttt …
Prends ma main …
Quittons la grève de ce monde bruyant.
Viens …
Je t'entraîne …
Plus de tension …
Plus de chaînes …
Notre respiration emplit l’espace,
Nous entrons dans l’air pour rejoindre la conscience.
Je me ferai musique pour que ma partition adoucisse le bruit de tes nuits.
Je me ferai peinture pour que mes couleurs éclatent sur la grisaille de tes jours.
Je me ferai lumière pour éclairer tes pas quand ils trébuchent dans le noir.
Je me ferai ronde pour effacer tes peines.
Mon rire coulera en cascade sur tes angoisses qu’il dissout de son eau fraîche.
Je serai le point sur le « i »,
Le secret dévoilé,
Les battements de ton cœur,
Le haut de tes bas.
Je deviendrai la brume translucide qui monte dans l’air au petit matin.
Allez....
Viens ...

09:46 Écrit par Yvonne Kastou dans Amour et Sentiments | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

08/05/2007

Décodage

- Mimine ?

- Oui mon chéri ?

- Je peux avoir une tartine à la confiture de sauterelles ?

- A quoi ???

- A la confiture de sauterelles.

- Mais ça n'existe pas !

- Mais si, tu m'en as fait une l'autre fois.

- Moi ? Mais j'ai pas ça.

- Si, dans le frigo.

- Euh... Didi... Tu racontes n'importe quoi.

- (pleurnichant) J'veux de la confiture de sauterelles.

- Bon, arrête de pleurnicher et montre-moi ce que tu veux dans le frigo.

- C'est ça, là.

- Haaannn !!! De la confiture d'airelles !!!

- Oui, j'peux en avoir, dis ?

- Ok, je te fais une tartine à la confiture de sauterelles.

- Mais arrêteuh !!!

Idriss

idriss2

 

Conversation

-         Mimine ?

-         Quoi mon amour ?

-         Suis pas ton amour !

-         Non mon chéri.

-         Suis pas ton chéri !

-         D’accord mon bébé.

-         Suis pas un bébé.

-         C’est vrai mon lapin.

-         Suis pas non plus un lapin !

-         C’est vrai mon loulou.

-         Ça veut rien dire loulou !

-         Tu as raison Didi.

-         M’appelle pas Didi !

-         Mais comment je t’appelle alors ?

-         Idriss.

-         Toi tu m’appelles bien Mimine.

-         Oui mais toi t’es ma Mimine à moi.

Voici Didi :

idriss