28/07/2007

Le Spéléologue IV

Si vous n'avez pas lu :

Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III

 

IV

Sorti de mon rêve éveillé, je me suis avancé dans l’entrée de la cavité, le décor était magistral, le lichen rose tapissant la voûte dégageait une luminosité irréelle et me conviait à aller plus loin.  Soudain, une voix....J’entendais une voix ! J’essayais de la trouver. J'écoutais. Des voix se perdaient dans les galeries. J’étais dans les entrailles de la terre qui se jouait de mes oreilles et m’égarait dans les méandres de ses boyaux. Là où je ne voyais que des impasses, il y avait en réalité de nombreux passages et l'exploration des lieux m'apparaissait complexe. Pourquoi prendre telle direction, telle galerie plutôt qu'une autre ? Serge m’avait raconté à mes débuts que le spéléologue se laisse guider par les courants d'air. Ainsi le moindre souffle était un fil conducteur…

Je me suis alors glissé dans une galerie étroite en rampant, au fur et à mesure de mon avancée, le passage se resserrait autour de moi. J’étais coincé tout contre les parois, j’ai rampé centimètre par centimètre. J’étais cerné là, au cœur de la roche, dans cette intimité avec la pierre, je ne pouvais pas m’empêcher de penser aux quantités de masses de montagne au-dessus de ma tête et ça m’effrayait. Une grotte n’est-elle pas le lieu de passage entre deux mondes, que me réservait l'au-delà ?

La roche était puissante, majestueuse et d’une beauté sans pareil. Je me suis arrêté un moment pour admirer les parois. L'eau l’avait lavé, mettant à nu sa blancheur originelle, polie comme l'ivoire. Par endroits, il prend des teintes d'ocre, de rouille ou de terre brûlée. La contemplation de ce paysage sculpté par les eaux est la contemplation de l'œuvre du temps, des mouvements répétitifs des courants, des frottements de la pierre, de la patiente érosion du minéral. On est là, dans la conscience du processus d'érosion et de la beauté qu'il fait naître.

 

Alors, j’ai regardé quelques coins particuliers et comme il m’arrivait souvent de le faire avec les nuages, je me pris à jouer pour découvrir les formes et les images. Et la roche me parlait.

J’éprouvais une sensation de vouloir rejoindre des mondes inexplorés, de vaciller dans un lieu cosmique où s’effondrent les enceintes de l’individualité, où les destinées se rejoignent dans leur arôme. Cette contrée du divin où s’installent des flux contraires dont les bouleversements conduisent les destinées, de la même façon que naissent les phénomènes météorologiques, les cumulus, les vents, les mouvements de la mer et tout ce qui naît de la nature. 

Je voyais des nuages, des oiseux, des arbres, des fleurs, des tigres, des ours, des objets de toute nature. Je voyais des êtres fantastiques aux visages déformés, aux corps finissant en fumée, des sourires, des douleurs, des rages, des grognements. Tout ce qu’un être humain peut voir dans la réalité et dans son imagination extravagante, des beautés naturelles et des mondes fantasmagoriques. J’avais la nette impression d’entendre les sons qui vont de pairs, le bruit des feuilles se frottant l’une contre l’autre dans les arbres que le vent faisait valser, le chant des oiseaux au petit matin, le rugissement lointain d’un félin, le tic tac mécanique d’une horloge, des éclats de rire, des sons jamais entendus venant des mystères de la terre. L’écho de la caverne mélangeait tout ces sons, les faisaient ricocher contre les cloisons, valser dans les airs comme une invitation à la danse. S’ajouter à cet assortiment, des bruits de percussions à un rythme enjoué.

Je valsais avec le temps et m’extasiais de cette union.

Mon attention s’arrêta net devant une forme familière. Un froid glacial parcourait mon épine dorsale à m’en faire mal. L’image qui se trouvait alors devant mes yeux me donna un tel choc que mes bras et mes jambes devenaient paralysés. Mon sang brûlait dans mes membres à me faire mal. Ça en était à la limite de l’insupportable.

 

Suite 

 

12:26 Écrit par Yvonne Kastou dans Fiction | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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